Réinventer l'Agriculture

« S’inspirer de la nature pour réinventer l’agriculture ». Pour mettre au point les agricultures de demain, la recherche s'appuie sur la richesse des écosystèmes naturels : mieux comprendre le fonctionnement complexe de la nature aide à construire des agro systèmes durables, à la fois productifs et moins nocifs pour l'environnement. De bonnes raisons pour changer...



Utiliser la diversité des plantes

Agriculteurs au Laos

Le mélange d'espèces ou de variétés permet de mieux utiliser les ressources du milieu et de s'adapter aux variations du climat. Par exemple, dans une prairie, un nombre élevé d'espèces différentes peut augmenter la productivité : les espèces se complètent et peuvent ainsi assurer une production plus régulière.

Associer les cultures peut aussi permettre de mieux valoriser l'espace, l'eau et l'énergie solaire : par exemple, dans les oasis, les palmiers dattiers protègent du soleil les légumes qui poussent à leur pied et les préservent d'une évaporation trop forte.

Des plantes dites « de service » peuvent être introduites dans les cultures pour attirer les ravageurs et les détourner de l'espèce cultivée. D'autres, comme les œillets d'Inde, secrètent des substances répulsives pour des ravageurs. Des haies peuvent être plantées pour servir d'habitat aux « auxiliaires », ennemis naturels de ravageurs. En Afrique, le « neem » est un arbre de haie dont les effets insecticides sont reconnus. Ainsi, la diversité remplit de nombreuses fonctions utiles pour la production !

Préserver la qualité biologique des sols cultivés

Le semis dans une litière végétale sans travail du sol est un principe de conservation de la qualité biologique des sols pratiqué sur plus de 105 millions d'hectares, notamment dans les régions tropicales. La terre n'est plus travaillée avec des outils, comme la charrue, les disques ou les griffes. Tout ce qui n'est pas récolté reste en surface et forme une litière de matière organique utile à l'activité biologique du sol et source d'éléments nutritifs pour la culture.

Réduire l'emploi d'engrais chimiques

Toute matière organique peut être utilisée pour enrichir les sols, comme cela se fait naturellement dans la nature. Certaines activités, comme les élevages, l'industrie agro-alimentaire ou les stations d'épuration, produisent des matières organiques qui peuvent être transformées et substituées aux engrais chimiques. Néanmoins, certaines substances toxiques peuvent y être présentes, et les recherches s'intéressent aux moyens de détoxifier ces déchets organiques afin de pouvoir les utiliser en agriculture.

Economiser l'eau

foret

Les haies, les bandes de végétation ou les terrasses favorisent l'infiltration de l'eau dans le sol et limitent le ruissellement. De même, pour ralentir l'assèchement du sol, il est possible d'associer aux cultures principales des plantes couvrant le sol, dont certaines espèces bien choisies peuvent même empêcher les mauvaises herbes de pousser.


Optimiser l'élevage

En région tropicale humide, exploiter un pâturage est une opération délicate. L'herbe pousse très vite et le bétail délaisse les tiges hautes au profit des jeunes pousses. Ce broutage sélectif favorise l'implantation naturelle des plantes invasives : elles détruisent le pâturage et peuvent même s'attaquer aux forêts voisines !

Les chercheurs d’Agrotech se sont inspirés de pratiques d'éleveurs guyanais pour trouver le bon équilibre : l'éleveur concentre ses bêtes dans un parc où l'herbe est broutée régulièrement et presque à ras, puis le parc est déplacé et ainsi de suite. Les plantes invasives ne s'installent pas, l'herbe est plus digeste, la productivité fourragère est augmentée, et la végétation ainsi entretenue renouvelle en permanence ses racines, qui participent au stockage du carbone.

Réduire l'érosion

Dans les régions à forte pente, les pluies abondantes créent de sérieux problèmes. Au Costa Rica par exemple, les barrages hydroélectriques sont ensablés par les sédiments emportés par le ruissellement.

Ce phénomène peut être atténué par la plantation d'arbres sur les pentes. Les agriculteurs qui entretiennent ces parcelles boisées rendent un véritable service écologique, rémunéré par les gestionnaires des barrages.

Améliorer les variétés

Champs de riz semi immergé

Bien que le riz soit semi-aquatique, il meurt au bout d'une semaine d'immersion complète. Des chercheurs ont identifié une variété de riz dont un gène permet la survie à une immersion de deux semaines. Pour transférer ce gène à d'autres variétés cultivées en zone inondable, ils étudient différents croisements naturels avec cette variété.

Tromper les champignons

La pyriculariose est une maladie due à un champignon qui attaque la culture du riz dans le monde entier. Même si de nombreuses variétés de riz possèdent différents gènes de résistance, la maladie les surmonte en général rapidement.

Pour tromper le champignon, une technique consiste à mélanger des variétés sensibles et résistantes dans un même champ. Cette technique, testée à grande échelle en Chine, a permis de réduire l'emploi de pesticides.

Objectifs de la recherche

- Lutter contre les maladies, les prédateurs et les mauvaises herbes

- Atteindre des rendements permettant de rémunérer les producteurs et de nourrir les familles rurales et urbaines

- Protéger les sols contre les effets des pluies torrentielles.

La nature comment ça marche ?

Paysage de montagne dans le Costa-Rica

Un écosystème naturel est un milieu où les organismes vivants (plantes, animaux, micro-organismes) interagissent entre eux et avec leur environnement physique. Un tronc d'arbre en décomposition est un micro-écosystème, un océan est un macro-écosystème. L'objectif de l'agriculture écologiquement intensive est de concevoir des agro systèmes en tirant parti des mécanismes naturels des écosystèmes.


L'agroforesterie associe arbres et cultures

Agroforesterie en Amazonie

Dans des régions où l'écosystème naturel est la forêt, les familles rurales pratiquent l'agroforesterie... Cacaoyers et caféiers sont associés à des arbres forestiers, des arbres fruitiers et des arbres de la famille des légumineuses, qui ont l'avantage de fixer l'azote de l'air.

Dans ces agro forêts, cacaoyers et caféiers ont des rendements parfois moindres qu'en culture pure intensive, mais ils produisent bien plus longtemps avec beaucoup moins d'intrants chimiques. En plus, le café obtenu dans ces conditions est de meilleure qualité et se vend plus cher !

Ces agro forêts offrent aussi d'autres ressources aux agriculteurs, comme les fruits, le bois d'œuvre, les produits médicinaux, les ressources de chasse. Elles protègent également les sols, préservent la biodiversité et stockent le carbone. L'ombrage des arbres empêche même la prolifération de certains ravageurs ! Les chercheurs d’Agrotech étudient de nouvelles pratiques de culture des plantes tropicales en prenant en compte les avantages de l'agroforesterie.

Les déchets organiques, une ressources à valoriser

Travail manuel dans une rizière

Les abondants déchets organiques issus des activités urbaines et industrielles peuvent être une source de pollution pour l'environnement. De ce fait, il est souvent nécessaire de les détoxifier avant de les transformer en matière organique recyclable en agriculture.

Cette pollution est présente dans les régions tropicales humides, notamment à proximité des grandes villes où se concentrent les industries agro-alimentaires et les élevages hors sol.

Agrotech a travaillé sur la valorisation des lisiers de porc à l'île de La Réunion. Cette étude a abouti à une application sur le terrain : le lisier est collecté chez les éleveurs par un lycée agricole qui se charge de le composter et de le transformer en engrais organique non toxique, utilisable par les maraîchers et les pépiniéristes.