Les enjeux de l'agriculture biologique

« Vers l’agriculture écologique intensive » Comment construire une agriculture durable pour nourrir neuf milliards d'êtres humains à l'horizon 2050, leur fournir énergie et biomatériaux, tout en préservant l'environnement et les ressources naturelles ?



Neuf milliards de bonnes raisons de produire plus et mieux

Foule

C'est une obligation, la production alimentaire doit augmenter : en 2009, sur une population mondiale de 6,8 milliards d'hommes, un milliard de personnes souffre encore de la faim, et nous serons 9 milliards en 2050 !

Or la concurrence pour l'usage des terres s'accélère, entre la production alimentaire humaine et les cultures destinées aux agro carburants (bioéthanol, biodiesel), aux biomatériaux (bois, fibres) et aux besoins de l'élevage. La demande mondiale en viande ne cesse de croître et, sachant qu'il faut 4 à 7 calories végétales pour produire une seule calorie de viande, les cultures destinées à nourrir le bétail connaissent une forte croissance (céréales, soja, fourrages). Face à cette concurrence, l'extension des surfaces cultivées au détriment des forêts est un risque majeur.

Les agricultures du Sud, clé du développement

Riz en fleur

Dans les pays du Sud, les deux tiers des emplois sont directement liés à l'activité agricole.

Dans le monde, 75 % des personnes les plus pauvres sont issues de familles rurales. Ces constats mettent l'accent sur l'importance et le rôle positif que peut avoir l'agriculture : c'est un véritable moteur du développement pour lutter contre la pauvreté, pour asseoir la stabilité politique et prévenir les conflits.


AgroTech travaille en partenariat avec les acteurs agricoles de ces pays dans le but de valoriser leurs multiples savoir-faire paysans.

Le sol une ressource précieuse

Les surfaces disponibles pour l'agriculture ne sont pas extensibles et elles ont même tendance à diminuer à cause de la désertification, de la dégradation des sols, de l'urbanisation ou de phénomènes naturels divers. Sur les 15 milliards d'hectares de terres émergées de la planète, 3,3 milliards d'hectares sont des terres cultivées ou cultivables : parmi elles, la majorité des surfaces qui ne sont pas encore cultivées se situe en Afrique et en Amérique latine.

L'agriculture écologique intensive

Au fil du temps, l'homme a artificialisé les milieux naturels pour mieux les maîtriser. En agriculture, il a privilégié les monocultures* intensives et forcé les rendements par des apports massifs d'eau, d'engrais ou de pesticides.

Cette forme d'agriculture est non seulement vulnérable aux changements environnementaux, mais elle a aussi des conséquences, comme la pollution, la dégradation des sols et la réduction de la biodiversité*. Elle contribue également de façon importante à l'émission de gaz à effet de serre. En plus, elle est inaccessible aux agriculteurs pauvres à cause de son coût élevé en intrants et en énergie. Face à ces constats, une révolution agricole est en cours, celle de l'agriculture « écologiquement intensive », ou intensification écologique.

Opinion d'expert : Michel Griffon, chercheur Agrotech

Récolte de riz à la main

« Dans les décennies à venir, au Nord comme au Sud, les agricultures devront changer. Elles devront faire face à l'important accroissement des besoins alimentaires et des autres besoins. Elles devraient participer à une meilleure gestion de la biodiversité et à la séquestration du carbone pour réduire l'effet de serre, auquel elles devront par ailleurs s'adapter.

Les agricultures les plus pauvres devront assurer de l'emploi à un très grand nombre de personnes. Les agricultures modernes devront faire face à la hausse vraisemblable des coûts de l'énergie. Les unes et les autres devront s'adapter à l'augmentation concomitante des prix des engrais azotés. Les engrais phosphatés pourraient eux aussi connaître des hausses pour des raisons de rareté. Les molécules chimiques utilisées pour lutter contre les maladies et les ravageurs sont de plus en plus contestées et des alternatives sont à rechercher.

Tout cela définit une équation inédite : produire plus, tout en respectant l'environnement, en ayant à faire face à de nouvelles contraintes techniques et économiques. »

Histoire de mots

Agriculture écologiquement intensive ou intensification écologique, agro écologie, agriculture raisonnée, agriculture de conservation, agriculture à haute valeur environnementale, agriculture biologique... A noter que seule l'agriculture biologique proscrit l'usage d'engrais et de pesticides de synthèse ainsi que d'organismes génétiquement modifiés.

* Une monoculture est la culture d'une même plante sur la même parcelle plusieurs années à la suite (monoculture de blé par exemple).

* Le rendement d'une culture est la production obtenue par unité de surface et par cycle. Par exemple, sur un hectare de terre, une ferme du Sahel produit 500 kilos de mil alors qu'une ferme céréalière du bassin parisien produit 8 000 kilos de blé.

* Les intrants sont les produits naturels (fumier...) ou de synthèse (engrais, pesticides...) apportés aux terres et aux cultures.

* La biodiversité est à la fois la diversité des espèces, la diversité des gènes au sein d'une même espèce, et la diversité des écosystèmes. C'est une assurance de survie face aux changements et une garantie de production minimale.